18 octobre 2008
Un gâteau ne se partage qu’entre soi !
Est paru dans Toodè N° 98
www.theotime.net
Il y avait un mur entre le Nord et le sud ! Et deux blocs séparés par un rideau de fer ou par un mur ferré, barbelé et bardé de miradors entre est et ouest, ancraient la guerre froide. Si le premier, moins matérialisé, est toujours présent, en revanche l’autre a disparu depuis 1990: j’ai sur mon bureau un petit morceau du mur de Berlin !
Plus de mur ! Libre enfin libres ! Alors une nouvelle communion devait pouvoir s’organiser autour du gros gâteau du capitalisme, en pleine liberté : économie libérale, libre marché, libéralisme économique, libre circulation des capitaux : vulgaire litanie des capitalistes heureux !
Pourtant les parts de gâteaux manquaient d’analogie : certains avaient des parts petites, d’autres des plus grosses et d’autres que les miettes. Cela est d’ailleurs sans compter ceux qui sont un peu plus loin, exclus, au point qu’ils n’ont entrevu que la cerise d’un gâteau qu’ils ne gouteront jamais ! Les histoires de gâteau, ne manquent pas ! J’en vois sourire !
Un jour, nous préparions un camp en Afrique, et nous fûmes conviés à « l’Auberge des Haricots. »
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Il y avait, les haricots blancs invités à « la table des 6 » ; une table, belle, ronde, nappée, garnie, servie. Là ; ils furent bien traités par un maître d’hôtel. Et un peu plus loin, rentrés par une autre porte, deux fois plus nombreux, installés à une table anguleuse des haricots noirs, ceux-là, en chantant, veillaient sur quelques pommes de terre, ainsi qu’un peu de pain et d’eau… Bref très vite, les deux groupes se jaugèrent et s’estimèrent naturellement table des pauvres, table des riches ! Entre les d’eux, un abyme, que seul des regards fugitifs osaient franchir. A la fin du repas, longtemps après la fin du repas des pauvres, des amis de la table ronde proposèrent d’inviter les pauvres, au dessert… Un peu de savoir vivre tout de même ! Délicatement et méticuleusement on coupa la grande tarte en autant de parts qu’il y aurait de convives. Les deux premiers de la table ronde se servirent. Ils s’emparèrent, chacun, de deux parts ! Personne n’osa lever la voix, les pauvres ne viendront jamais partager le dessert, et les riches auront du mal à en venir à bout ! Un jeu de rôle ? Certes ! Mais une véritable attitude qui rappelle étrangement celle d’une armée de clones de « Jérôme Kerviel » (qui apparaît comme une bien petite pointure, devant les sommes colossales, parties en fumée à Wall Sreet…) Un gâteau cela ne se partage qu’entre soi ! Pire, devant un gâteau on adore jouer, avec le fer et le feu ! Le résultat est connu : tel un jeu de domino dont le premier maillon cède, tout s’écroule inéluctablement. Il reste les yeux pour pleurer, des mots balbutiés pour regretter et des belles paroles pour faire passer la pilule en fustigeant les responsables de la crise financière à New York ! C’est la crise, on ne parle que de cela. Mais le plus terrible c’est de ne pas voir de quoi il s’agit, ni qui est responsable… une nébuleuse. Tel le nuage de Tchernobyl qui aurait épargné, en partie la France … mais où l’ennemi n’a pas visage humain, ni tête de vache folle, et encore moins forme d’aile de poulet plombée par la grippe aviaire ! C’est la crise! Le capitalisme est à son tour touché de plein fouet par le doute et le soupçon. Certainement, voilà, un moment vécu douloureusement, où des repères devenus essentiels se diluent et se perdent. Surement aussi, voilà un moment qui fait date, inscrivant pour longtemps, un avant et un après ! C’est un moment clé, charnière, c’est un moment décisif, un appel retentissant à «ce qui doit se décider ! » Après quoi, il sera trop tard ! La crise emmènera soit vers mort, soit vers un sursaut de vie et donc une renaissance ! La crise devient alors, plus simplement, un cri de vie, de survie même, un appel émis avec force par l’homme, encore debout ! Tout est alors en place pour que le cri devienne ce geste ou ce mouvement intérieur qui nous pousse à réagir !
La crise par le cri c’est l’homme qui reprend la parole ! Qui redonne place à la parole, à l’altérité, qui refuse d’être objet, qui se refuse de se laisser acheter ou vendre, ni comme produit, ni comme monnaie d’échanges virtuels. L’homme qui reprend la parole, c’est la place redonnée au politique, aux valeurs de la démocratie, au sens de la solidarité, à l’amélioration des droits sociaux et encore et aussi à la préservation de la planète terre ! Et de surcroit c’est l’homme qui revendique des valeurs spirituelles ! Le cri de l’homme chrétien appelle le Christ ! Le cri de l’homme chrétien n’est-il pas imprégné de la force de Dieu au plus parfond de son être comme l’onction d’huile s’étend par capillarité dans le vivant ! Voilà l’homme qui revient au cœur de la crise. « Je suis tant homme que rien plus » aimait à dire François de Sales -XIII, p. 330…
Vivre en homme n’est-ce pas connaître et reconnaître ses aptitudes et ses limites ? Vouloir lier sa vie avec ses combats, ses doutes et ses tentations à la force de l’Évangile, de ses Béatitudes qui nous disent : « En avant les pauvres » !