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yonathan
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23 mai 2008

Au menu un chaud froid écclésial

Chemvert_11_03_07_008b«L’Eglise catholique est-elle encore chrétienne ? »
Réflexion d’un sociologue qui se veut chrétien.
Jean Feschet – Editions Golias  décembre 2007

J

’ai trop envie de rajouter  à la suite de cette question-titre, du livre de Jean Feschet, c’est trop tentant : « Son auteur est –il encore catholique ? » Je me permets cette familiarité car  Jean, je le connais un peu, pour avoir fait un petit bout de chemin ensemble et avec d’autres. Je l’entends parler à travers son livre, je sais qu’il aime la question, qu’il aime aussi  la boutade… et qu’il sourit à la vie. Lorsque nous commençons à nous poser des questions, s’ouvre un avenir. « Une de ses questions préférées qui transpirent dans le livre … « et dans tout ça, Jésus-Christ ? » Ce livre en pose, des questions, il ouvre un large horizon. J’ai aimé croiser ces questions, familières pour les unes,  plus ardues  pour les autres. Le temps  est ouvert  où il me faut tenter des réponses.

Pour l’instant j’ai envie de parler de ce livre que j’ai pris le temps d’assimiler. J’ai du aussi revenir sur mes pas à tel ou tel moment, notamment dans la seconde partie du livre, à propos des deux grands freins structurels, à l’effectuation de l’Evangile dans l’aujourd’hui du monde et au changement dans l’Eglise. L’auteur  dénonce deux grands freins, qui «n’ont aucune implantation évangélique » : le premier il le nome «hiérarchie», en cela ce ne fut pas une  primo découverte pour moi ! Le second, m’a été plus troublant: « le sacré païen, installé dans l’Eglise.» Jean Feschet  écrit  « certains trouveront cette affirmation surprenante, amusante ou ‘extraterrestre‘ … voire sociologique.» Je fais, partie des surpris, agréablement surpris.

Il s’agit là d’une manière de déchiffrer l’organisation de la société et de la société-Eglise, parlant autant comme sociologue que comme chrétien il présente une perception du sacré comme structure «clandestine», païenne  qui consiste en fait à relier Dieu aux hommes en court-circuitant la révélation du Dieu d’amour. Dans son travail l’auteur redonne sens au sacré, il nous fait comprendre que le « sacré » n’a pas d’enjeu moral mais qu’il agit  comme un mode de relation entre ce qui est divin, et ce qui est « séparé» du divin, l’ordinaire du quotidien humain. Le sacré délimite des espaces, celui du divin et celui de l’humain qu’il organise avec tabous, sacrifices et interdits…  En fait « il faut absolument se rendre ces puissances favorables en établissant avec elles les meilleurs relations possibles. » JF.p214.  L’enjeu de cette organisation a deux effets : le premier négatif, celui des interdits, liés au « tabou » religieux.  Jean Fréchet  nous parle du tabou polynésien … bien connu »… Bien connu, sûrement, mais pas sans un petit effort de documentation : ah, un petit  memo. en note aurait été sympa pour l’ignare que je suis !... Bref l’effet est celui d’une mise en ordre du monde en ce qui concerne et la connaissance et l’action avec l’art et la manière de mener l’action, autrement dit la morale. L’auteur ne nous emmène-t-il pas vers une réflexion  qui suggère que l’autorité, « le chef » dans l’Eglise est tributaire de cette dimension, soit il en profite, soit il la connaît suffisamment pour la déjouer et ne s’y laisser point piéger… mais le risque demeure important de prises de pouvoir et d’actes d’autoritarisme.

Un second effet est sous jacent nous dit la sociologie. Un effet positif à sa racine: « E. Durkheim souligne cet aspect positif et émotif des réunions dépassant les limites du ‘clan’ -d’une Eglise dirons-nous- qui, selon lui, mettent en action des sentiments d’appartenance, d’unité et de solidarité. » « Une religion est un système (…) de croyances et de pratiques qui unissent en une même communauté morale tous ceux qui y adhèrent » (Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912) »

Jean Feschet ne développe pas cette dimension. Pourtant la vision,  au fil de l’ouvrage, d’une Eglise tentée par un  recentrage sur le divin, absorbée par lui, est récurrente. N’est ce pas ici que naît l’enthousiasme  charismatique autant bienfaisant que dangereux lorsqu’il s’éloigne trop de l’expérience de Pentecôte et de sa douce ‘ivresse’ ?  Regardons certains pasteurs, télévangélistes, gourous, ou autres… allant jusqu’à « demander des salaires de rock-stars. » Si l'Apôtre Paul passait par là de nos jours, à n'en pas douter, il leur jetterait quelques pierres... » souligne Paul Gosselin. Regardons aussi vers ces nouvelles communautés dont « la fébrilité de quelques élites charismatiques, à traverser l’espace  public se conjugue à la dépolitisation presque paradigmatique de la masse…. »  « Les charismatiques présentent une politisation quantitative, rituelle et routinière qui malgré  l’information qu’elle génère sur l’environnement sociopolitique est vécue en marge d’expériences sacrales seules jugées signifiantes… »  (Pauline Côté : Religions et croyances )

Les enthousiasmes suscités par les célébrations collectives, chaudes et  chargées d’Alléluias, ces élancements pseudo joyeux  charismatiques, avec leur aspect de spontanéité sympathique, peuvent empêcher de se rendre compte que dans cet élan, les pieds finissent par ne plus toucher terre. Le chrétien, dépeint par Karl Barth, traverse la vie, la bible à d’une main certes, mais le journal de l’autre ! L’homme n’est-il pas invité simultanément à lever les yeux vers le ciel et à regarder ou il met les pieds… La mesure de l’homme  se calcule à hauteur des pieds, à ras de terre : le « Serviteur » de la Cène ne saurait démentir ! Alors oui regardons comme ils « sont beaux sur les montagnes les pieds du porteur de bonnes nouvelles, qui annonce la paix, qui apporte la Joie et annonce le salut ! » (Is.52,7)

Jean  Feschet au fil de son ouvrage montre aussi du doigt  l’absence ou la déficience de médiation entre l’homme et Dieu, stigmatisant ici une religion identitaire qui a le vent en poupe en ce début de millénaire marqué par le  « tout religieux » et nous menaçant d’être absorbé dans la sphère du divin, mystérieux, qui ne se dévoile pas en langue  vulgaire, mais en latin. Quitte d’ailleurs à oublier ou renier notre humanité ou une partie de celle-ci. L’auteur ne nous met-il pas en garde contre cette tentation de l’homme qui, obnubilé par le désir de se rapprocher de Dieu, n’a de cesse que  d’aller à sa rencontre moins par réponse d’amour que par fuite des ‘choses-de-ce-monde’ trop vite réputées comme sales : sexe, argent, politique. Il n’a de désir que vouloir à tout prix s’élever, lui-même, vers le divin, sans intermédiaire? C’est ici, oublier le mouvement initial du Dieu Créateur, qui est un Dieu qui vient et visite sans relâche son peuple. Il habite le monde qu’il a fait, par Amour de son Fils et de nous-mêmes.

A vouloir être plus royalistes que le roi, plus vrais que la vérité, plus divins que Dieu, les plus radicaux finissent par rejeter toute médiation. L’histoire exemplaire de Saul de Tarse nous éclaire. Paul sur la route de Damas, son dramatique chemin de conversion se trouve « touché » par Dieu… brutalement, terrassé, aveuglé. Le beau Paul, fort, fier, déterminé, possesseur de vérité, patenté par le pouvoir, défendeur infatigable de l’Unique, qui ne respire que haine envers les chrétiens, est touché au cœur de sa marche, de sa vie, de ses convictions … Fauché. Il « perd le contrôle. » Il est, et sera dorénavant conduit … Il dira plus tard que c’est Christ qui l’a rencontré sur ce chemin - jalousant ainsi le titre autoproclamé d’Apôtre ! C’est  avant tout l’œuvre de Dieu. Mais le rapport à la Bonne Nouvelle va passer par une tiers personne: Ananie. Cette expérience personnelle devient collective, communautaire, ecclésiale. Toujours, la bonne nouvelle passe par l’humain, avec l’action et l’organisation dont l’humain est capable, le meilleur et parfois pour le pire.

Le livre de Jean Feschet, bien sûr démontre comment les acquis de Vatican 2 sont en reculade et dramatique reflux 40 ans après l’événement, par de radicaux réactionnaires, y compris au plus haut niveau de la hiérarchie ecclésiale. Ils rejettent toutes médiations (parois se substitue à elle) et rejette le Concile Vatican 2,  présenté comme un Concile pervers décrété par des  pères conciliaires renégats ! Ils reprochent au pape, aux pères conciliaires et aux chrétiens post conciliaires,  l’infidélité à la tradition de l'Église, l’abandon d’aspects fondamentaux du catholicisme qui interroge fortement  des réalités aussi variées que la liberté religieuse, l'œcuménisme, la idée de Tradition, les relations Églises-États et aussi nos paroles et gestes  pour célébrer.

En définitive ce que j’ai aimé de ce livre. C’est en quelque sorte son chaud froid.

Et  pour sûr que c’est bon le chaud froid.  Certes cela peut surprendre et même faire mal aux dents. Mais les saveurs se heurtent et ressortent plus intensément. Elles se marient ente elles, se répondent, nous  entrainent par leur dialogue vers de nouveaux horizons…  Il y a de la profondeur, en une omelette norvégienne, par le moelleux du biscuit trempé dans un sucre aromatisé et relevé par une pointe de piment, par sa chape de glace à la vanille ou aux fruits de la passion, à peine léchée par la chaleur, le tout recouvert d’un chapeau de meringue légère mais brulée et caramélisée !

Chaud, le livre de Jean Feschet dans son premier pilier, le plus fort, positif. Je dirai son cœur, lorsqu’il  lie  avec force et constance, incarnation et rédemption : « Peut-on sauter à pieds joints  par-dessus  l’acte d’un Dieu qui a créé par Amour… que Jésus Sauveur n’a pas annulé ? » (p. 308)  Car il exprime ce Dieu d’Amour qu’il a découvert entre  le moment où son enfance s’en allait et le moment où la vie adulte se construisait, installant définitivement sa foi en un Dieu Père et créateur débordant d’Amour au point de faire l’homme co-créateur.

Les deux autres piliers où autres « points capitaux pour refonder l’Eglise », sont plus « froids » puisque négatifs ! Ils concernent  ce que Jean  Feschet annonce comme les « deux obstacles structurels … qui constituent les freins absolus à toute évolution dans l’Eglise … » cette fameuse existence de la hiérarchie et cette prégnance du sacré païen, dans l’Eglise … 

Froids et chaud, ces thèmes !  Ils donneront froid dans le dos et feront monter l’adrénaline. Feuilletons les titres de chapitres de la section… « Impérialisme romain, pouvoir usurpé, conception romaine du pouvoir, modèle unique évolution perverse, Jésus rejette le sacré mais l’Eglise depuis…. »

Oui il y a ne certaine froideur, tranchante, qui nous invite à regarder une Eglise décapée  par le « démontement » des mécanismes qui se nichent et usent ou asservissent toutes sociétés; analyse du fonctionnement des instituons et des structures de la société-église. Le pouvoir est interrogé, les évêques ne devraient pas manquer la lecture et l’étude de ce livre, les sujets abordés, sexualité, famille, pouvoir politique, société, travail, argent, mondialisation, écologie… sont certes épars mais reliés par l’auteur pour poser en définitive la question qui ressurgit  vis-à-vis de toutes instituions: celle du Changement. «  Vouloir changer le monde découle-t-il de l’Evangile ? » Lorsque que j’ai quitté, en tumulte, une responsabilité d’animation dans un lycée, les élèves, qui avaient tout compris… m’ont offert deux choses : un gros jambon, qu’est-ce qu’il était bon à goûter et partager et un petit livre, non moins délicieux et alléchant : « Si tu pouvais changer l’école ! » 

« Pas d’amour sans justice » nous redit avec force Jean  Feschet.  Tout ce qui est contenu en germe puise sa vie dans l’Evangile et son message concentré : comment est-il amené à changer non seulement notre cœur mais aussi le monde tel qu’il est organisé pour que le plus grand nombre trouve le bonheur promis par le créateur ? 

eglise_chretienne

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