Ecoutez! c’est l’essentiel de la prière ...
Un CD double, du chœur des moines cisterciens de l’Abbaye de Tamié : c’est le genre de message qui donne du souffle vital pour avancer dans notre monde, aujourd’hui.
J’ai découvert Tamié en mes années lycées. C’est là que nous venions, une fois par trimestre, à deux ou trois copains, rarement plus, jamais abandonnés mais jamais accompagnés à cause de nos humeurs adolescentes et de notre goût d’indépendance !
D’ailleurs à quoi eut été bon d’être conduits, puisque l’arrivée à l’hôtellerie nous ouvrait au bonheur, à la paix aussi ! Je n’oublierai jamais la voix paisible au cœur, du Père Claude, son attention, sa passion, son respect immense pour les teenagers que nous étions ? Côté salle à manger la séance de pluche ne fut jamais une corvée. Çà fleurait bon le fromage. Il était unique et le reste encore aujourd’hui !
Bien sûr parfois nous ne respections pas vraiment le « grand silence ». Cela ne nous a pas empêché de participer aux offices. Les moines chantaient en français. Ils nous invitaient même, parfois, à nous rapprocher d’eux dans le chœur. Nous n’en n’étions pas peu fiers. Chaque office avait son charme, nous les avions bien sûr, tous pratiqués… mais aussi classés, les pieds fichés dans nos godasses d’ados rebelles qui bousculent l'ordre établi. Reste que, malgré cette irrévérence, les complies avaient notre faveur ! Dans notre classement, cet office venait juste avant « Matine » … que nous ne loupions pas forcément, tellement, souvent nous ne dormions pas encore ! Mais « Complies » reste pour moi ce moment intense, bouleversant, ponctué de deux moments forts, inscrits profondément en moi, encore aujourd’hui, lorsque le chœur des moines, dans la paix du soir, entonnait le fascinant Cantique de Syméon …. ‘’Nunc Dimittis’’ (Lc 2, 29-32)
« Maintenant, ô Maître souverain,
tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples :
Lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël.
Gloire au Père, et au Fils et au Saint Esprit,
pour les siècles des siècles, Amen »
Splendide ! Tous mes sens étaient en émoi, instant privilégié que j’aurai aimé éternel. A vrai dire cela tranchait avec l’internat où les prières et les chapelets nous insupportaient tellement et nous paraissaient tristes, rébarbatifs, sinistres…
Et puis et puis, « Salve Regina… » le seul chant latin que nous n’avions pas tourné en dérision et que nous respections, par ce qu’ici et à ce moment-là il était puissant, envoûtant, il nous retournait tout entier vers Marie: un peu de féminité dans notre univers, pour nous subjuguer !
J’entends parfois des nostalgiques dénoncer la pauvreté musicale et théologique de la prière liturgique. Nous pouvons gloser là-dessus à perte de vue. L’autre jour j’ai roulé en voiture. J’ai glissé ce CD que l’on m’avait offert, « Le Chant des Moines de TAMIE » J’ai écouté leurs chants exprimés en français: que du bonheur ! Et certaines plages, écoutées en boucle ont finalement largement remplacé « France Info ! » Quand je dis j’ai écouté, je le dis au sens fort du mot, écouter c’est l’essentiel de la prière !
Alors écoutez… ces deux CD « Humble Serviteur » gravés chez Bayard Musique… J’ai retrouvé la même force, la même ferveur, la même intensité connue à mon adolescence ! Un univers familier dans ce CD tout neuf (enregistrement en automne 2007) Avec suffisamment le goût du déjà entendu, pour ne pas être dépaysé. Mais avec aussi des rythmes qui griffent agréablement, avantageusement la mélodie de l’orgue, pour accompagner des textes d’une étonnante modernité… Hachures d’aujourd’hui, marques d’hier pour une parole de toujours. Tradition et modernité, non seulement ne s’opposent pas, en incompréhension diffuse ou violente, ni ne s’excluent l’une, l’autre, mais au fil de ce double CD nous traversons les siècles, que nous comptons, dénombrons ; quelle histoire ! Nous nous élargissons de l’Orient à l’Occident, du Nord au Midi, « pour nous tenir hors des impasses » , « pour embrasser toutes les races » et nous recentrer, autour d’une table, avec un seul Pain et un seul Vin ! L’incroyable, l’inattendu, l’impensable est advenu dans notre Histoire: Dieu s'est fait homme.
Merci à la communauté Notre Dame de Tamié, cette abbaye qui dresse le 5ième clocher de notre ensemble paroissial !
Voilà le texte de la plage 4 du CD 1 (la plus usée chez moi !) Entendez
Entendez-vous cette rumeur
Texte : Maurice Coste ~ Musique : Henri Dumas * Edition Kinnor.
Entendez-vous cette rumeur
Qui monte des extrémités de l’univers ?
C’est la nouvelle que murmurent
Patriarches et Prophètes
Gens illustres et gens obscurs,
Riches et pauvres,
De générations en générations.
Et enfin voilà "une citation sonore" de cette même plage 4 du CD 1
Entendez-vous cette rumeur
