Nous porter vers les frontières
Nous porter vers les frontières
Il y a deux manières de lire le monde ou de le traverser…
Nous pouvons aller du haut vers le bas et subir les hauteurs depuis le bas, ou encore faire endurer le bas !
La révolution est passée, le concile est passé, des murs se sont effondrés, des goulags se sont ouverts mais nous demeurerons encore dans les structures verticales ! Pire parfois le monde et l’Eglise les maintiennent les renforcent.
Dans cette perspective nous nous justifions facilement en disant que nous aimons un Dieu tout Autre dans un ciel de perfection, Il met en ordre, sépare pour créer et ordonne en montrant combien sa parole, son commandement, est efficace, non seulement efficace mais ponctué de son propre émerveillement : « cela est bon et beau. » dit-Il ! Petite exception à la création de l’homme et la séparation de ‘Ish et Isha’, homme et femme, Dieu trouva que cela était très bon.
Nous souhaitons bien sûr cette harmonie et perfection, mais elle nous est lointaine, inaccessible, sauf à mettre en place des échelons, fatigant à monter, pour atteindre ce Dieu. D’autant plus péniblement que les lieutenants installés sur ces marches sont davantage du côté de l’homme avec leurs «humâneries » que vers le Dieu d’Amour. Ainsi que ne finit-on par faire au nom de ce Dieu d’amour : on active la forge de la torture, on bénit les canons, on menace, on instrumentalise, on juge et sépare, par un axe, le monde à notre convenance, souvent économique, en deux parties, le bien et le mal , qui n’ont rien de créatrices !
Nous pouvons aussi tout mettre en œuvre pour aller et venir d’un côté à l’autre sur l’horizon de la vie. Là il y a un mouvement, un chemin. Il est vrai que parfois le chemin s’est un peu perdu, faute d’entretien, de passage. Il s’est perdu dans les ronces et l’ivraie qui prennent trop de place, toute la place : notamment dans la course à la productivité du capital et l’inconséquence dans notre manière de gérer notre planète. Cela est largement suffisant pour faire lever la voix des pessimistes qui se désespèrent du monde. Retour à la case départ, tout vient de Dieu, alors il reste à restaurer la place perdu de Dieu à coup de sentences, de dogme et de prière !
Mais l’horizon du chrétien c’est le Christ qui tient à la fois de l’homme et Dieu … sur le chemin. Il est même le Chemin. Nul besoin de chercher d’autre lieutenant entre l’homme et Dieu que ce grand frère sur le chemin du monde ! Nul n’est besoin de trouver d’autres médiateurs, que cet homme nommé Jésus-Christ. Mais bien sûr le Chemin est raide. Comme me disait un soir de week-end de confirmation un ado, dis donc tu sais il est dur ton Christ! Normal il venait de lire en intégral, l’Evangile de Marc, le plus court mais pas le moins cool, avec les disciples de Jésus !
Le pape nous dit l’AFP, a ouvert le synode par une charge contre la "culture moderne" ! Cela me fait toujours peur lorsque que l’on provoque la peur, lorsque l’on stigmatise les dérives, et que l’on prône un Dieu qui punit et « qui a souvent dû recourir au châtiment ». Cette charge en bonne et due forme contre la modernité ne masque pas bien sûr la culture de mort et de mort de Dieu, qui hante notre société, ce désir ou cette tentation de se passer de l’autre et de Dieu. Mais il est vraiment ici rien de bien nouveau sous le soleil… comme on dit il, nous suffit de relire le récit de Babel.
Je ne voudrais pas on plus que le cri contre le monde face rejeter le monde et ce qu’il contient de plus précieux, l’Homme, l’homme debout, le Vivant en Chemin, la Parole.
Allez, l’invitation est de marcher et de nous porter vers les frontières ! Benoît XVI en se méfiant du monde a aussi ouvert un synode centré sur ce monde appelé à accueillir la "parole de Dieu", interpellé pour ouvrir la
Bible, le livre sacré des chrétiens et le texte le plus diffusé dans le monde. Alors sur le chemin de ce monde, au bord des sentiers de nos randonnées, au cœur de nos maisons il est temps de poursuivre le geste qui ouvre le livre, d’inviter l’autre, d’en face ou d’à côté, à s’asseoir à la table d’hôte pour ouvrir ensemble ce livre. Pas besoin de savants, ni de prêtres, ni d’exégètes pour initier ce geste qui ouvre le livre ? La parole de Dieu est en chacun, même s’il n’est pas pratiquant, comme on dit. Il est touché de Dieu, oui ou non ? Si oui -telle est l’option du Duel créateur des chrétiens, alors nul doute que la parole mise au partage, travaillée, sarclée, délicatement élevée livrera sa force de vie d’espérance de bonheur ! Que le Chemin est beau !