Ah le jeune prédicateur !
Je vais vous raconter encore une histoire de Monsieur Boulage. Il avait invité un jeune prédicateur à prêcher sa fête paroissiale. Le prédicateur avait donné un sermon bien étudié, bien divisé, bien arrondi. A la sacristie, il s'attendait à recevoir des éloges, car il était convaincu d'avoir très bien dit. “Dites‑moi un peu, lui dit Monsieur Boulage, à qui avez-vous parlé?” — “Mais , Monsieur le Curé, à vos paroissiens.” — “A mes paroissiens du
siècle dernier, mais pas aux miens. Ils n'ont rien compris de ce que vous avez dit. Il fallait donc changer votre exorde et évoquer les âmes et les corps des paroissiens d'autrefois. Il fallait dire: «O vous tous qui reposez sous les dalles funéraires de cette église, paroissiens d'il y a cent ou deux cents ans, levez‑vous et venez assister à la parole de Dieu». Cela aurait été très bien. Ils auraient été contents. Vous avez parlé avec la langue, avec les idées d’il y a cent ou deux cents ans, vous les auriez tous ravis. Vous avez parlé pour mes paroissiens qui étaient sous terre et non pour ceux qui étaient assis sur les bancs, et qui ne comprennent plus ni votre langue ni vos idées. Prenez la résolution, quand je vous inviterai une autre fois, et je vous invite pour l'année prochaine, de vous adresser non à mes paroissiens morts, mais à mes paroissiens vivants”. J'entendis le sermon du prédicateur l'année suivante. Il avait profité de la leçon et il parla d'une façon intéressante et pratique aux gens qui étaient devant lui.