Une croix de Savoie
Une jolie croix de Savoie suspendue au cou d’une mamie, un dimanche matin à la sortie de la messe. Bon présage ! Et bien pas tant que cela. Car la mamie, elle n’est pas contente. Ce qui ne va pas, c’est la messe de première communion, l’autre jour. Ce n’était vraiment pas bien! Pourquoi ? C’était du théâtre ! Tiens il y avait longtemps que je n’avais pas entendu ce poncif… Quand nous faisions autrefois une fête de la foi sous chapiteau avec quelques 250 jeunes de sixièmes, pire que du théâtre c’était du cirque ! Et pourtant en cette fête, la tente de la Rencontre, débordait de plus de 200 chercheurs de Dieu. Je n’arrive pas à imaginer une célébration, une liturgie qui ne soit l’expression de la beauté, du recueillement, de l’expression de la parole de Dieu et de celle de l’homme, convoqués à se rencontrer et se mêler. Une telle mise en forme, mise en lumière, mise en scène a bien sûr quelque chose de spectaculaire et de théâtrale. Si la bible n’est pas un conte mais qu’elle se raconte, la messe n’est certes pas une mise en scène mais demeure pourtant une sacrée « Cène ».
Une table ronde, fabriquée avec passion par un paroissien que la maladie retient chez lui, des enfants attentifs, recueillis autour de cette table, prompts à commenter la parole de Dieu, à offrir ce qu’ils ont de meilleurs dans leur vie, chantant des chants de leur parcours caté … Eh, mamie, bien sûr, je vois bien que ce n’est pas comme votre première communion en 1938 ! On nous change tout ! Au point que l’épicier n’est plus à la même place, le boucher a fermé depuis longtemps, les chevaux vapeurs ont remplacé les chevaux qui lâchent leurs grosses déjections sur le chemin cahoteux… Alors c’est vrai l’Eglise, elle aussi, a changé et c’est quand même heureux … Ceux qui râlent le plus sont souvent ceux qui ont délaissé cette église trop longtemps au point de ne plus avoir entendu ses murmures, soubresauts, soupirs, souffles et élans… Alors forcément quand subitement ils reviennent faire un tour… le dépaysement ne peut être que total !
Mais la mamie ne s’est guère éloignée de l’Eglise, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est pas contente : « … et qu’est ce qu’aurait dit l’évêque s’il avait été ici ? » Sous entendu l’évêque n’aime pas le théâtre. Mais comment expliquer que nous ne célébrons pas pour l’évêque. Avec l’évêque nous sommes coopérateurs, attelés ensemble chacun selon sa fonction à l’expression de la parole de Dieu, de l’Evangile. Mamie faudra que l’on en reparle plus longuement lorsque nous reprendrons ensemble le caté -ce n’est jamais trop tard- il est plus impérieux de se soucier de Jésus Christ et de son Evangile plutôt que de l’Eglise et de ses serviteurs… Les « normes » certes ont un peu évolué mais ont encore besoin d’un sérieux coup de karcher (tiens ce mot redeviendrait-il à la mode ?)
Mais je dis merci à mamie, car elle me l’a dit avec gentillesse et elle me permet surtout de réaffirmer ce que je crois et ce que je vis. Que la liturgie, (laos, urgia,) est fondamentalement travail, action ergon, urgia du peuple (laos) et en aucune façon elle ne peut se réduire à une norme figée (ce que nous appelons les rubriques) ni à l’unique geste et l’unique parole à valeur universelle. Ce jour de première communion, des enfants avaient apporté à l’offertoire un CD, un instrument de musique et ils ont failli apporter un filet avec deux ballons de foot s’ils ne l’avaient oublié… Les parents ont apporté aussi le signe de leur vie, et un texte « Actes des chrétiens de 2008 ! » Que du bonheur de sentir vibrer la foi chrétienne, aujourd’hui. Mais enfin, serions-nous condamnés à rabâcher sans cesse, comme seule vérité la foi des apôtres d’il y a 2000 ans ? Et les grands parents, ô les grands parents, ils nous ont livré un témoignage énorme à travers une peinture. A j’oubliais de vous dire que cela ne nous a pas empêché d’apporter le pain et le vin pour le Repas, pour la Vie et pour Route !
Mamie encore un mot. Vous m’avez dit qu’avec des messes comme cela il ne fallait pas s’attendre à ce qu’il y ait des vocations ! Je n’ai pas voulu aller plus avant. Mais là je me lâche. Les autres messes celle d’antan, celle de 1935, celle de toujours ont-elles favorisé les vocations ? Réponse dans la courbe des vocations en baisse constante qui suit irrémédiablement la courbe de la pratique ! Je ne sais pas si cette première communion fera naître une vocation presbytérale, mais force est de constater que les grands parents d’hier n’ont pas permis que la courbe des vocations aujourd’hui soit stable et que bien des parents et grands parents, s’il leur arrive de souhaiter que le Seigneur envoie des prêtres, le prient de les choisir dans la famille d’à côté. En ce cas il est mieux de s’abstenir de demander l’impossible à Dieu !