Quelle vie ?
Aux carrefours la vie grouille. Les « zé » vous encerclent en pétaradant et dégagent une fumée qui brûle la gorge et fait tousser. La poussière virevolte. Les voitures se faufilent sauvagement. Les vendeurs de rue, espèrent quelques monnaies tirées de mille objets pouvant servir, ou tickets de loterie… échangés contre quelques FCFA par la vitre entrouverte de la voiture. Tout cela aurait du largement saturer mon regard. Mais à raz-de-terre, le long des voitures à l’arrêt, le nez dans les fumées que crachent un bataillon de pots d’échappement, un jeune homme, va et vient, se mouvant de ses mains appuyées sur le sol ou les tendant le plus haut possible vers les portières des véhicules : son corps aux jambes atrophiées et recroquevillées sous lui, est posé, là, comme un paquet, sur une planche à roulettes de fortune !
La voiture qui me transporte repart. L’image reste !
Et cette image gravée en moi, est celle d’un jeune homme, au visage d’une étonnante beauté, au regard radieux et tellement clair dans ce paysage cafardeux … Au cœur de cette situation désastreuse de misère, un éclair, une lumière brille d’une incroyable humanité. Comment est-ce possible ce débordement d’humanité en une telle inhumaine situation ?
Comment est-ce possible que cet homme au lourd handicap qui ne voit le monde qu’à hauteur de pieds poussiéreux, de roues déformées, brouillés par les fumées, rayonne avec autant d’intensité ?
Quel est donc la force qui habite cet adonis, semblant ne guère souffrir de son sort ?
Ce qui me déchire ce n’est pas cette étonnante beauté qui perce l’horizon gâté. Ce n’est pas, non plus, mon manque de réflexe à lui « jeter » une pièce, ce n’est pas un sentiment de pitié ! Ce qui m’écorche c’est cette flèche de François de Sales nous décoche :
« Pousse, grandis et fleuris, là où tu es planté ! »
Ce qui m’interroge c’est ce double déficit d’humanité entre « le-tout-pour-être-heureux » de nos pays du Nord, même en crise, et, ici, le « presque rien pour vivre, survivre ! » C’est cet entre-deux : cet emprisonnement de la vie lorsqu’elle cabosse et malmène l’homme défiguré, et ce déficit de vitalité dans notre environnement de pourvus, chanceux, où notre regard peut s’élever jusqu’à hauteur des fastueuses cimes et s’en satisfaire ! Une humanité est à réveiller, un supplément d’âme est encore à trouver ! J’ai vu merveille en ce lieu là !
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