Que mes paroles ne vous serrent point …
[ Ce texte est publié pour le Toodè, mais il me semblait important de le répercuter ici.]
Ce 14 juillet pour la 14ième fois (au moins… cela devient difficile compter) je retournais au Bénin ! Bien des d’images, des sons, des regards, des odeurs et bien des manières différentes, de penser, de croire, m’ont encore assailli, et questionné !
« En bon voyageur on ne doit pas se produire, s'affirmer, s'expliquer, mais se taire, écouter et comprendre." (Paul Morand)
Deux images, comparatives, un peu osée, me sourient pour introduire ce Toodè. D’abord, à la forêt sacrée à Ouidah, haut lieu vaudou, la première statue que l’on rencontre est dédiée au dieu de la fertilité et de la fécondité, représenté par un homme nu, immense, assis, affublé de deux cormes et d’un phallus géant…
Seconde image, une autre statue, de bronze représentant « un môme qui pisse » un enfant nu, debout, haut d’à peine 50 centimètres et affublé d’un tout petit « zizi » qui sert de fontaine ! Vous avez bien sûr reconnu le Manneken-Pis, croisé au retour, puisque nous avions quelques heures de correspondance à Bruxelles ; il est, paraît-il, le symbole de l'indépendance d'esprit des Bruxellois !
Ce fondu enchainé de deux sexes, deux images tellement différentes, introduit le jeu des symboles, de la diversité et des cultures. Aussi pleinement entré, mais l’esprit encore tiraillé par un pays tellement différent, je trouve parmi mes courriels la prose épiscopale, ayant trait en définitive à l’homosexualité !
Chacun sait que l'Eglise (officiellement) ne condamne pas l'homosexualité en tant que telle car elle n'est pas un choix volontaire de la personne, mais un état de fait ; non une maladie, mais une donnée inscrite dans les cœurs et les corps de façon complexe… Et nul ne voit comment l’Eglise catholique, le Magistère, son Catéchisme, pourraient faire autre chose que reconnaitre des "tendances" homosexuelles, involontaires, qui à ce titre ne doit en aucun cas entrainer mépris ou condamnation des personnes. Mais nul ne voit, en même temps, l’Eglise s’abstenir d’une condamnation, sans appel, des "actes" homosexuels qu’elle jugée, "désordonnés" contraires à « la légitimité des rapports sexuels vécus que dans le cadre d'un mariage hétérosexuel indissoluble, ouvert sur la fécondité du couple par la procréation. »
Ouah tout est dit en une ligne !
Alors les évêques, au mieux naviguent entre ces sinuosités. Ils attisent la peur de certains catholiques envers les homosexuels. Eux-mêmes ont peur : « Compte tenu de la situation et des probables projets législatifs du gouvernement sur la famille, il leur a semblé opportun de donner un signe national à l’occasion du 15 août… » Marie aidant !
Nous sentons que l’aile droitière et ultraconservatrice de la conférence épiscopale, qui n’avait cessé d’émettre des réserves au regard de ceux qui seraient tentés par un vote Hollande, a du mal à digérer le changement du dernier scrutin présidentiel !
Est-ce pour cela que le président de la conférence épiscopale française sort son stylo pour « proposer », avec insistance, une formule de prière des fidèles ! Si, si vous avez bien lu, il a écrit une prière des fidèles ! Fidèles « on » pense pour vous, en haut lieu ! Pour justificatif officiel ; l’impact d’une formule unique à l’échelon national.
Bien sûr quand on parle de probables projets législatifs du gouvernement sur la famille, quand on prie pour que les enfants et les jeunes… cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère, on s’oppose à mots à peine voilés, à ce que l’on appelle communément le mariage homosexuel et à l’adoption d’enfants par de tels couples !
Encore une fois je ne vois pas comment le Magistère pourrait, aujourd'hui, dire autre chose puisqu'il ne reconnaît la légitimité des rapports sexuels que dans le cadre d'un mariage hétérosexuel indissoluble, ouvert sur la fécondité du couple par la procréation. Autant de conditions qui ne remplissent, évidemment pas, les personnes homosexuelles.
Mais l'essentiel pour chacun, est de vaincre les peurs. J’attends des évêques une parole qui diminue les peurs et permette l’audace et l’assurance de la réflexion !
L'essentiel pour chacun n’est pas de se cristalliser sur l’éthique sexuelle, mais de considérer l’homme dans toutes ses dimensions physiques, affectives, sociales, internationales. Certes on prie, chacun, pour que nos jeunes cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère ! Mais avons-nous l’audace de nous engager dans les processus qui font passer l’homme avant les marchés et les profits ? Avons-nous ensemble ce supplément d’âme qui engagera les nations et les gouvernants à lutter contre le commerce des armes et des mines personnelles afin que les enfants et les jeunes bénéficient pleinement de l’amour d’un père et d’une mère !
L'essentiel pour chacun ce n’est pas de crier Seigneur, Seigneur, mais de découvrir pas à pas, la volonté du Dieu d’Amour ! Lutte et contemplation, nous disait, Roger Schutz, ont une seule et même source, le Christ qui est Amour!
L'essentiel pour chacun et d'essayer de comprendre comment la vie chrétienne, peut l'aider à vivre là où il en est, pour être plus heureux. Il est inutile de blâmer ou menacer, de contraindre ou punir, mais indispensable de travailler à l’estime de soi et de l’autre, d’entrer dans l’altérité source première de vie fraternelle et communautaire !
Laissons, un autre évêque, François de Sales, qui a tellement parlé, conseillé et écrit, nous redire avec une étonnante humilité et un cru réalisme: « Ne prenez point mes paroles ric à ric (avec une exactitude rigoureuse) ; car je ne veux point qu'elles vous serrent, mais que vous ayez liberté de faire ce que vous croirez être le meilleur.
[Livre XIII page 163, Lettre à la Baronne de Chantal Annecy, avril 1606.]